jeudi, 03 septembre 2015 17:20

Boko Haram : Panorama historique

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B.H., ces deux lettres ont signifié pour les gens de ma génération, pour ceux de la génération avant la mienne et la génération après la mienne et même ceux d’aujourd’hui BEIGNETS HARICOTS. Deux mots qui invitent à saliver pour ceux qui veulent en manger ou à s’endormir pour ceux qui les ont consommés.

B.H. signifient aujourd’hui horreur, tuerie, terrorisme. Pour les pays comme le Cameroun, le Bénin, le Nigéria, le Tchad, ces pays du bassin du Lac Tchad, ces deux mots font frémir, donnent froid au dos. Comment BOKO HARAM né d’un prétexte de défense d’une religion, l’Islam, s’est-il transformé en instrument de la mort, en déstabilisateur des pouvoirs établis, en terrorisme ? Telle est la première question à laquelle nous allons apporter une réponse dans cette communication. Que devient la foi des croyants face à cette crise ? Sera la seconde question. Enfin, que faire pour éviter une guerre de religion dans cette sous-région d’Afrique Centrale ?

BOKO HARAM, DU PRETEXTE RELIGIEUX A LA DESTABILISATIONPOLITIQUE, POLITIQUE ET TERRORISTE

Tout part de notre grand voisin le Nigéria, un voisin que l’histoire et la géographie nous ont imposé. La géographie nous a donné une longue frontière occidentale, une frontière que nous avons hérité du partage effectué par les Allemands et les Anglais au début du XXe siècle. Du fait de cette frontière, et comme l’histoire nous a associés, tout ce qui arrive à l’un affecte l’autre. C’est ainsi qu’avec le partage de notre pays au lendemain de la Grande Guerre, une partie de notre territoire s’est trouvée intégrée dans le territoire de notre voisin mais, par le génie de nos populations et leur patriotisme, nous avons récupéré une partie de notre territoire. Pas la totalité hélas ! C’est ainsi qu’après nos indépendances respectives, lorsque notre voisin a été confronté à une guerre de sécession, la guerre de Biafra, notre pays y a été associé et, grâce à la sagesse de nos dirigeants, la sécession de ce grand voisin n’est pas passée par nous et son unité a été sauvegardée grâce à nous.

Aujourd’hui c’est BOKO HARAM qui lie nos deux pays et nos autres voisins. Ironie du sort, c’est la partie de notre territoire que nous n’avons pas réussi à récupérer lors du plébiscite de 1961 et qui est restée intégrée au Nigéria qui sert de base arrière à BOKO HARAM pour attaquer l’Extrême-Nord de notre pays.

Pour mieux comprendre l’histoire de BOKO HARAM, il faut savoir que cette nébuleuse est la continuité d’une suite d’événements commencés dans les années 1970 et c’est pourquoi nous parlons de prétexte de religion.

En 1970, un certain Marwa, prêtre camerounais, s’installe à Kano, au Nigéria et prêche à des désœuvrés contre le gouvernement laïc de ce pays, la corruption politique institutionnelle et contre le clergé considéré comme modéré et complice du pouvoir politique. Cet endoctrinement donne naissance à un mouvement protestataire dénommé Maitatsim. Lorsque ce mouvement devient violent, il se heurte à la police nigériane et, au cours d’un affrontement en 1980, Marwa est tué et son organisation démantelée. Les extrémistes de ce mouvement  éparpillés au Nord du Nigéria, se reconstituent vingt ans plus tard et créent un nouveau groupe d’essence musulmane, cette fois appelé « les Talibans nigérians ». Il revendique l’imposition de la charia et rejette l’influence pernicieuse de la culture occidentale. Le groupe entre en confrontation avec le gouvernement nigérian et sa police dans l’Etat du Nord-Est du Nigéria. Au cours d’un affrontement avec la police en 2004,celui-ci se solde par des dizaines de morts donnant ainsi l’occasion de dissoudre les « Talibans nigérians ». Contre toute attente, cette dissolution donne naissance à un Islam plus radical et plus fanatisé sous la conduite d’un prédicateur du nom de Mohamed Yusuf. C’est lui le véritable fondateur de BOKO HARAM.

BOKO HARAM est un terme composé de boko en langue haoussa et haram en langue arabe dont la traduction littérale est « l’enseignement occidental est impur », ou encore « l’école occidentale est un péché » ou encore « l’école occidentale est un sacrilège ». Mohamed Yusuf enseigne principalement à des jeunes chômeurs et mécontents de l’Etat du Borno et crée des écoles islamistes fondamentalistes. Ses disciples revendiquent l’interdiction de la culture occidentale, l’imposition de la charia. Pour ce faire, Mohamed Yusuf demande à ses fidèles de renoncer à fréquenter les établissements d’inspiration occidentale et leur impose de ne même pas leur louer un terrain pour bâtir ces établissements. A plusieurs reprises, ces jihadistes attaquent les lycées et collèges. Face à l’option de violence adoptée par BOKO HARAM, le gouvernement nigérian réagit violemment et en 2009,Yusufest arrêté et il trouve la mort au cours d’une garde à vue. La police déclare qu’il été abattu au cours d’une tentative d’évasion et la nouvelle de sa mort donne lieu à des émeutes dans quatre villes du Nord-Est du Nigéria au cours desquelles on annonça 700 morts. La mort du fondateur sonne le glas du BOKO HARAM d’essence religieuse pour laisser la place à un BOKO HARAM terroriste aux exigences politiques.

Le nouveau BOKO HARAM procède par des enlèvements avec des demandes de rançons, des tueries sauvages sans distinction de religion (les musulmans, les chrétiens et croyants des religions traditionnelles sont indistinctement tués). (Le rapt le plus spectaculaire est celui du 14 avril 2014 à Chibok où 276 lycéennes âgées de 12 à 17 ans sont enlevées). Ce BOKO HARAM sort du Nigéria et s’attaque aux pays voisins notamment à l’Extrême-Nord du Cameroun, puis au Tchad et enfin au Bénin. Son nouveau leader, AboubakarChekaou, par des messages-vidéos, menace directement l’intégrité des Etats.

C’est l’escalade de la violence qui ne connaît plus aucune limite. La déstabilisation politique des Etats devient même un objectif à atteindre puisque Chekaou n’hésite plus à menacer directement les chefs d’Etat à travers des vidéos filmées et diffusées. Le Chef de l’Etat camerounais, Monsieur Paul BIYA, a fait l’objet d’une telle menace. Les termes BOKO HARAM sont désormais synonymes de terreur et ils deviennent de ce fait une menace sérieuse pour la foi des croyants.

BOKO HARAM ET MENACE DE PERTE DE FOI CHEZ LES CROYANTS

Quand BOKO HARAM procède à des tueries, des massacres dans les mosquées  pendant que les croyants musulmans sont en prière, n’est-ce pas une manière de les pousser à déserter les mosquées et à s’abstenir de fréquenter tous les lieux de prière alors que la foi musulmane exige aux croyants cinq prières quotidiennes ? Quand BOKO HARAM s’attaque aux Eglises et paroisses qu’il saccage et brûle, n’est-ce pas une invite aux chrétiens de se détourner de ce Dieu qui autorise de telles barbaries sans aucune punition visible sur ces barbares, ces assoiffés de sang ? N’y a-t-il pas là un risque de perte de foi puisque le Seigneur semble impuissant ?

Devant une telle alternative, le Seigneur a demandé de s’en remettre à lui à travers les prières. C’est bien ce que fait l’Université Protestante d’Afrique Centrale (UPAC) en organisant cette journée de prières œcuménistes pour demander à Dieu le Père de nous aider à en finir avec cette nébuleuse dénommée BOKO HARAM. Devant de telles atrocités, en laissant aux militaires, à l’Union Africaine, dans sa constitution d’une force armée africaine, aux politiques de la CEEAC, CEMAC, CDEA de jouer leur rôle,le croyant, qu’il soit chrétien ou musulman, ne doit pas se croiser les bras. Son arme privilégiée est la prière à travers laquelle il peut demander au Seigneur d’anéantir BOKO HARAM. Ce faisant, au lieu de perdre la foi, le croyant doit se rapprocher de son Dieu pour lui demander de renforcer sa foi en lui car, nous savons que « la foi est un don gratuit de Dieu ». C’est parce que le croyant de l’Afrique Centrale aura gardé sa foi en l’Eternel qu’il pourra empêcher une guerre de religion dans notre sous-région de l’Afrique Centrale.

BOKO HARAM ET GUERRE DE RELIGION EN AFRIQUE CENTRALE

En prenant pour prétexte au départ la défense de l’Islam, BOKO HARAM a voulu entraîner le Nigeria et les pays du Lac Tchad dans une guerre de religions opposant musulmans et chrétiens. Comme BOKO HARAM n’a pas réussi au Nigéria, ni au Cameroun, au Tchad, au Bénin, il ne réussira non plus en Afrique Centrale et personne d’autre ne réussira à y introduire une guerre de religions.

Il est vrai que nous assistons, depuis quelque temps, à une prétendue guerre de religions en RCA entre Selecca (musulmans) et Anti-Baraka (Chrétiens). Très vite cependant, il est devenu évident que la religion n’a été qu’un prétexte commode que les vrais commanditaires de la guerre en RCA ont avancé pour cacher leurs véritables intentions qui sont : la quête d’un leadership politique soumis pour le pillage des richesses minières de la Centrafrique.

Et ceci n’est pas nouveau puisque depuis « l’indépendance » de la RCA, l’ancienne puissance coloniale fait et défait les différents gouvernements centrafricains pour avoir les mains libres dans l’exploitation des richesses de ce pays. Le prétexte de la religion a été trouvé pour masquer les vraies raisons de la crise centrafricaine.

Au Cameroun, un tel prétexte ne peut pas prospérer car notre pays est en Afrique centrale celui dans lequel la tolérance religieuse a été érigée en mode de vie. Bien que l’Islam se soit prioritairement installé officiellement au Nord Cameroun comme religion des autorités politiques de la place au début du XIXe siècle, ces dernières n’ont pas pu empêcher le christianisme de s’y implanter au point que quotidiennement chrétiens et musulmans se croisent et s’entrecroisent, mosquées et églises se côtoient sans aucun conflit.

Au Sud Cameroun, on assiste à une situation analogue. Bien que le christianisme s’y soit implanté dans la deuxième moitié du XIXe siècle, il n’a pas empêché l’Islam d’y avoir droit de cité au point que dans cette partie du territoire national, chrétiens et musulmans se fréquentent à tout moment.

Ceux qui ont voulu utiliser le prétexte de la religion en 1984 pour déstabiliser le Cameroun ont fait choux gras et le Cameroun s’en est sorti sans coup férir. Dans le pays Bamoun on assiste à la réalité de la tolérance religieuse camerounaise car un souverain musulman règne sur un peuple comprenant des musulmans et chrétiens. Et tous reconnaissent son autorité. Assurément, que ce soit par BOKO HARAM  interposé ou par toute aura force politique  il n’y aura pas une guerre de religion en Afrique qui est une terre de tolérance religieuse. Même là où l’on croit avoir réussi par la division d’un peuple sur des bases religieux : (au Soudan par exemple) ; la force du sang qui unit les populations les réunira certainement un jour. En tout cas, BOKO HARAM en s’attaquant à un peuple qui s’est longtemps battu pour son unité, ne pourra pas le vaincre. BOKO HARAM sera certainement vaincu au Cameroun et dans les autres pays du Bassin du lac Tchad. Notre foi est grande et le Seigneur pourvoira à notre Victoire contre « tous les BOKO HARAM ».

Prof. Daniel ABWA

Universitaire

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